Crois-tu que le printemps viendra, cette année ?
En tous cas, un qui y croit, c’est le merle. Il y est déjà.
Il n’est pas seul, ils sont deux, je les ai vus se courser sur le toit, le noir lustré à point, moulé galbé, le bec orange pointé.
Abricot.
Ils chantent depuis deux soirs. Premiers essais d’abord, hier plus assurés.
Les tourterelles sont là, je les ai vues. Un premier ramier, et beaucoup d’autres, picorant dans les lierres.
Tous pimpants. Sans pin pon. En douceur, tout frais timides.
Les mésanges sorties de leur réserve, pit pit et frtt frtt. Tu ne vas plus pouvoir suivre, tu vas être vite débordé.
Alors pas d’inquiétude, le printemps, c’est pas ton affaire.
C’est quoi, mon affaire ?
L’hiver. La guerre. Les destructions massives. Les crimes. Le sang versé. Ce bordel.
Je ne voulais pas en parler.
On n’en parle que trop.
Il faudrait le faire cesser.
Tu as un plan ?
Comme toujours j’attends le dernier moment. Je vois les nuages s’amonceler, le ciel devient noir, le tonnerre roule… et bientôt ça tombe. Le fracas de l’orage, la pluie cinglante, régulière, fournie, battante, le bruit des feuilles, flap, chap, cymbales, sifflets, soufflets, caisses craquées, ciel éventré, furioso.
Dans l’air, dans les herbes, les feuilles, tout bouge, tout frétille, tout bourgeonne, tout éclot.
Le printemps se fait sans toi, comme l’hiver.
Les hommes, à quoi servent-ils ?
A rien. Ils ne servent qu’eux-mêmes.

Constant, portrait
Tellement.
Merci, René!
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Les hommes ne servent qu’eux-mêmes… jusqu’à leur destruction. La Terre, les merles et les tourterelles continueront de se courser et de chanter, tout au moins, je l’espère.
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