Depuis qu’il a découvert ce nouveau Je, rien ne semble plus pouvoir aller comme avant, d’abord il trouve ses chevilles enflées le soir même, sans raison apparente, il se pose des questions, il ne dort pas cette nuit-là ou très peu, sans en être certain, les repères lui font défaut, alors qu’il savait toujours où il en était, qu’il n’avait pas besoin de regarder la pendule pour savoir l’heure, d’allumer la lumière pour se diriger, que tout semblait s’éclairer à mesure devant lui, s’organiser, se complexifier tout en se révélant toujours plus vrai, correspondant toujours plus exactement à la réalité. Or voilà qu’il découvre ce Je emportant son corps et tellement en joie il nous appelle tous, moi le crayon, Nuit, Jour, cheval-piano, pour nous transmettre son nouveau savoir si formidable, cette magie qu’il a maintenant en mains, qu’il nous enseigne, faisant de nous des mages à son égal, des Je, survolant les distances, sautant par-dessus les frontières des individus comme des passe-murailles pour se trouver chez l’un ou l’autre à sa place, en toute intimité, capables d’échanger, de comprendre toutes les expériences. C’en est inexplicablement beau, je me suis vu comme un mouton laineux, bourru, me frottant aux autres serrés à moi en petite tribu odorante et marron, vu dans le ciel la vitesse des astres, senti l’intelligence mathématique. L’homme partout. A Paris sur un cheval gris, à Nevers… Il est perdu, désemparé, et je me suis remis à écrire, ignorant à nouveau de ma science, de mon art, de ma magie, à écrire sans savoir où cela nous mènerait.

Afifa Aleiby





