Vous m’avez plongé dans une grande réflexion, tous les deux ! (Ah mais… c’est bien pour ça que je vous ai inventés !), quand je vous ai vus partir, vos bras dans le dos l’un de l’autre, joyeusement.
Si on reprend les choses de façon logique, chronologique et épistémologique, vous avez répondu à ma préoccupation pressante, et à mon pressentiment : bien que vous soyez de parfaits contraires, vous êtes bien une complémentarité dans ma propre existence.
Monsieur Temps, vous m’avez résumé votre rôle à être celui qui m’accompagnez dans l’instantanéité du geste (quand des freins, des obstacles, toutes sortes de mauvais génies voudraient l’empêcher), c’est sur le piano que notre expérience débute, mais elle vaut pour tous les gestes, qui ont un juste temps de vie, me dites-vous.
Vous, monsieur Nuit, vous me montrez un sac, plein de tout, et pas seulement des choses, mais de tout ce que le langage d’une communauté humaine peut embrasser, et c’est comme votre terrain de jeu, vous m’invitez à y jouer, je comprends qu’il y a là, sous forme d’une matérialité sensible, ce que la vie a laissé ou délaissé derrière elle, autrement dit : tout ce qui est, non pas le geste, l’élan, l’action, l’énergie (où est monsieur Temps), mais l’objet, le support, le substrat, la matière (qui vous occupe, monsieur Nuit).
Je retrouve ma grammaire.
Je vois que ma pensée vous fait sourire l’un et l’autre. Vous vous tapez dans le dos comme des vieux copains et vous me plantez là.

Picasso, 1965




