Il ramasse ses mains, ses pieds — dans sa tête, comme pour imiter avec ses idées le cheval qui ramasse ses pattes avec son corps pour se projeter dans le galop — , il ne veut pas les laisser définitivement disparates et aléatoires dans leurs réalisations, sur le piano, dans la rue ou le bois, sur le papier, sur l’écran ou le nuage du rêve et de l’imagination. Il veut, sans leur tenir les rênes, tout au moins sentir leurs attaches, leurs conduits, leurs appartenances à ces attaches fiables que sont monsieur Temps, monsieur Nuit, la mystérieuse Rivière, fidèles au-delà de lui-même, au-delà de sa vie même.
Il ramasse ses affaires : son corps, sa tête, son instrument à musique, sa palette à peinture, son crayon qui ficelle tout cela comme dans une boule le bousier et il entend se lancer dans le mouvement de l’univers avec toute sa part active : il respire, il danse.
Il sent jusqu’aux confins de soi — comme l’araignée jusqu’aux confins de soie de son étoile — les drames la destruction la guerre, qui répandent des taches, des poisons, des cancers, qui laissent des croûtes insensibles qui tombent et continuent à grossir dans le monde négatif, l’antimatière qui constitue le mouvement en s’opposant à son inverse, le pôle +, la lumière, pour que cela ne s’arrête pas, feu toujours vivant, disait Héraclite.
C’est pourquoi le crayon s’arrête, il casse sa mine pour que tout continue. Je n’apprenais pas à vivre, j’apprenais à mourir. Je n’apprenais pas à mourir. J’apprenais à vivre.
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Illuminated Darkness, 2022
Mounira Al Solh






