Maintenant ce ne sont plus les fées qui se penchent sur mon berceau — elles sont parties, satisfaites que je les aies fêtées, vers d’autres mondes qui les attirent — ce sont mes vieux intimes, monsieur Temps et monsieur Nuit, découverts à ma surprise dans la boîte à jeux, qui ressortent lorsque je rentre à la maison, c’est à dire n’importe où, et que je me défais de toute inquiétude. Ils me bercent dans le lit de l’imaginaire, la source même à laquelle ma vie est suspendue. Jamais je ne dors si bien qu’ici.
L’un se pose à ma droite sur mon épaule, comme un oiseau, l’autre creuse une niche d’argile, d’une douceur impalpable, à mon flanc gauche, et nous pouvons rester des heures ainsi, sans le temps, sans les mots.
Je m’arrête à cette auberge, À la réunion des contraires, chez Héraclite, la plus lointaine que je connaisse.
D’ici partent des voyages, avec ou sans cocher, dans toutes les directions. Mais ils ne sont pas trop préoccupés, semble-t-il, ceux qui partent, de repasser par là pour raconter leur aventure et tout ce qu’on en sait se perd en pure fantaisie, au moins tant qu’il y a des oreilles pour entendre car cela même reste des plus incertain.
Quoi qu’il en soit on chante, on se soûle de bonheur tranquille, dans cette auberge.
Et maintenant, en me levant, ce corps est à re-découvrir. D’où vient-il ? Qui est-il? Comment fonctionne-t-il ? De toutes les questions que je me pose aucune ne l’atteint vraiment, aucune ne l’effleure, aucune ne sait s’adresser à lui. Qu’est-ce ? Qu’est cela ? Qu’es-tu ? Oui… Qu’es-tu conviendrait mieux… le laisserait muet… lui donnerait une chance de trouver son langage. Il irait vers la terre, il irait vers l’arbre, il irait vers le piano.






