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J’ai hésité, fermé le clavier. Je suis descendu marcher. Rentré, remis la radio, ouvert le piano…
C’est arrivé ! pour la première fois ! depuis quelque temps, je n’osais pas y penser, mais oui, c’était possible, et ça se met en place doucement, c’est merveille, c’est très riche et complexe, tout se met à fonctionner en même temps, un bout de traduction en cours, la radio que j’écoute, où parmi des considérations politiques, des points de vue sur la réalité du monde, sur les profondeurs des problèmes sociaux, les enjeux planétaires, je joue, capte une part d’attention, je me lève, je marche en même temps, j’exerce mon équilibre, mon mouvement de danse, je mémorise ma partition, d’un presque saut me voilà sur le tabouret, je reprends, j’enchaîne, la musique écrite vient docilement se glisser dans le jeu des sons, mes doigts qui se replacent, et je redécouvre le plaisir simple du piano pour jouer des sons, c’est tout en profusion qui se rencontre quand viennent ce matin, pour la première fois, monsieur Nuit et monsieur Temps jouer ensemble. Et pas dans mon dos, mais bel et bien dans ma poitrine et mes jambes, dans mon espace vital tout entier. Ou la la quelle sensation quelle cavalcade !
Dessin de Guillaume Apollinaire