
Un myosotis à ma fenêtre me plaît plus que toute la métaphysique des livres.
Monsieur Nuit se débarbouille à l’eau transparente du ruisseau qu’il a trouvé dans la montagne. J’aime la mousse claire du savon d’Alep, qu’ils faisaient dans des grandes mares avec la cendre de salicorne. Peuvent-ils en faire à nouveau ?
Le myosotis sourit. La toute petite fleur, d’un bleu absolument unique, surnaturel — peut-on dire, depuis Philippe Descola (avant sa mise au point sur le « naturalisme » qui est notre façon de soumettre à notre visée dominatrice tout ce qui sort de la Terre, autre que nous, l’appelant « la nature », on n’aurait pas pu le dire, sauf à passer pour mystique). Cette petite fleur rondelette aux pétales bleus à cols ronds autour d’une minuscule étoile de feu blanc (ou jaune), elle comme ses sœurs en collerettes bleues comme autant de livres ouverts, sont la plus grande bibliothèque à ciel ouvert, là sur ma fenêtre.
J’éteins la radio où de gigantesques encyclopédies (musicales, philosophiques, scientifiques de tous ordres) étaient tour à tour en train de m’embarquer dans les ondes de leurs navires trop chargés, trop rapides, trop nombreux dans l’instant mais plus tard j’irai au port m’embarquer sur l’un ou l’autre. Quand vient la belle saison je ne sais plus où donner de la tête. Toutes les beautés se précipitent à mes oreilles, devant mes yeux, à la pointe du crayon. Dans la tête le maestro du grand orchestre de tous ses bras jubile dans cet immense bouquet. C’est lui, monsieur Vannereau, il a deux bras dans son manteau qu’il ne quitte pas et de ses poumons fragiles respire cette femme qu’il a connue, qui lui a tourné le cœur, Ninon Vallin ; c’est lui, monsieur Temps, léger, costume gris ; eux, les trombones, les claves de bois, toute la musique est là, bien réelle.
Je me tiens debout dans le soleil. Je pourrais dire que je ne suis pas plus qu’un brin d’herbe, je sens l’immense prairie qui m’entoure et au-delà puisque ville, ciel et univers sont de plain-pied à ma fenêtre. Et comme un petit ver de terre dans la jardinière la pointe du crayon raconte tout ça sans prévenir.
Oui, naturiste, naturellement
et surtout
naturaliser un animal … ou un homme
on est bien loin de la nature.
(un peu moins de haiNe et un peu plus de Paix
et la nature est en mise pâture)
P.S.
Surtout
continue de ne pas prévenir (sourire)²
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A propos de nature, Magritte a titré ce tableau, de 1945, « Les rencontres naturelles ». Ça ne s’invente pas ! Naturellement, nous ne nous étions pas concertés.
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