Prélude

Nous habitons occasionnellement ces barrios, ces poulaillers à flanc de colline.
Je déchiffre des grandes lettres qui s’affichent sur un écran de brume devant moi, bâtonnets, symboles, idéogrammes peut-être. Ce message disparaît, comme un sous-titre, remplacé par d’autres signes. Ce que j’entends s’interpose dans le rythme des signes, ce sont des notes détachées, des glissades de souffle, des rebonds de notes, et mathématiques et chant de coq. Qu’est-ce que nous sommes en train d’apprendre ?
Bouches bées, étagés, dispersés dans les ombres profondes, appliqués à la tâche.
Tout à la fois change, le corps et la vision, l’écoute, et au bout d’un moment j’ai de nouvelles sensations, de nouvelles envies. Les nouveaux gestes apportent des fruits, des sons, un nouvel espace, un nouvel habitat. Je suis comme entre rêve et sommeil en train de m’éveiller sans rien vouloir perdre, à pouvoir changer, me métamorphoser, me libérer d’anciennes contraintes, de cadres compliqués emboîtés, sortir. Laisser du matériel inutile comme si le corps allait suffire, un corps qui bouge, qui voit, qui va.
Le corps se déleste, se rend comme dans la tête il se voyait, dans l’imagination il se sentait. Un peu oiseau.
Il pèse encore par moments, il souffre même dans ses jambes de l’ancienne condition, il va devoir être, assumer les deux, le corps ancien et le corps nouveau qui vient, un corps enfantin, très maladroit.
Mais tous les désirs reviennent. Tous les désirs présents au matin, prêts à s’investir !
Bonjour ! Bonjour, on me répond aux fenêtres du quartier. Les martinets en passant crient.
J’ai éteint la lumière. Le matin filtre à travers les persiennes.

Peinture de Pierre Boncompain

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