Il faut savoir se noyer.
L’un et l’autre sont d’accord là-dessus. Ils me le disent ce matin. Monsieur Temps se noie dans le temps, monsieur Nuit se noie dans la nuit. Ils considèrent cela comme leur plus grand art — ou comme le moindre de l’art, je dirais, car ils sont modestes.
Avant ma noyade il me reste beaucoup de choses à apprendre.
Le tanpura, la basse continue, l’ostinato, la répétition de la figure rythmique comme dans le boléro de Ravel, celle beaucoup plus aquatique, colorée, profonde que les deux mains du musicien chevauchaient hier soir dans le concert où nous étions, tous les trois, car une idée nouvelle qui surgit ne vient pas de nulle part sans préparation, sans écho, sans attaches. Il y a des mers, il y a des ports, des bateaux, au monde des idées.
Aussi j’apprends quelques notes, à la main gauche, que je conserve, je crée un rythme, je crée un mode que j’installe et mes deux mains apprennent à tricoter ou à jongler comme ils me l’ont montré hier. Ce n’est pas demain que j’irai sur la mer, ou plutôt dans la rivière, me noyer.

photo r.t