J’ai besoin de savoir ce qu’il fait quand je le referme.
A quoi il pense, à quoi il joue, est-ce qu’il dort.
Est-ce qu’il part en voyage, se détachant de lui-même comme nous faisons dans les rêves.
Devient-il une nature morte? Entre-t-il dans un tableau avec le mur, le tapis, le tableau qui est au-dessus de lui, avec qui j’aime tant entrer en contact, me laissant fasciner par ses volutes sensuelles lorsque j’essaie de jouer, entrer dans un son, pénétrer un rythme, enfiler une phrase.
Le tableau vit, tous les jours, avec une fraîcheur de tous les instants.
Et toi, le piano, tout noir, fermé, comment ressens-tu les choses, le temps ?
Avec quelle noblesse, avec quel silence tu attends…
Je peux dire que tu me combles de confiance, de désir patient. Tes grandes lignes, ta masse équilibrée, ton monument de beauté veille. Un Soulages pourrait te peindre, dire tous tes noirs, qui vont du bleu à l’or. Tu portes sur ton pupitre un petit paquet de partitions, comme un panier de fruits, comme des caravanes de voyageurs en route sur le dos des nuages, se baignant dans l’eau des sources.

Peinture
Raoul Dufy, Claudine, de dos, 1906

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