Bengt Lindström, gouache, 1969

Suite de mon anthropologie personnelle.
Ma douce mère, cette femme délicate, c’est encore elle qui me l’a chantée, ma chanson préférée — celle à laquelle j’ai pensé après la résolution de l’étrange énigme, « mange, tu sais pas qui te mangera », mais l’avais-je bien entièrement résolue, nous verrons. Dans ma chanson préférée il y avait une bergère (maman, bien sûr…), elle fit un fromage, et ron et ron, petit patapon (à qui nous adressons-nous vraiment, quand on parle à nos bébés… pas tout à fait des hommes, pas tout à fait des chats, on leur parle en langage bébé, comme aux choux, comme aux chats, mon poulet, mon lapin). Elle fit un fromage du lait de ses moutons. (Comme toutes les bergères, elle aimait ses moutons, pour les compter, le soir, les sauter, à la récréation, je crois que c’étaient aussi les choses que les femmes ont entre les cuisses). Elle n’aimait pas trop les chats, ma mère, ils abîmaient ses parterres de fleurs. Le chat qui la regarde, et ron et ron, petit patapon, le chat qui la regarde d’un petit air fripon. Si tu y mets la patte, et ron et ron, petit patapon, si tu y mets la patte, tu auras du bâton, ron, ron, tu auras du bâton. (Et revoilà cette violence, si inattendue pour moi, et qui semble un vrai motif de réjouissance féminine, ou de vengeance !) Il n’y mit pas la patte, et ron et ron, petit patapon, il n’y mit pas la patte, il y mit le menton, ron, ron, il y mit le menton.
La bergère en colère (et ron et ron…), la bergère en colère tua le p’tit chaton.
Cette petite chanson est vraiment ma préférée. Je l’aime comme un fripon. Et c’est maman qui me l’a chantée. Quelle ambiguïté revenue !
Je dédie ce saute-mouton à Charles Stépanoff, et je passe à mon histoire préférée. Aucun doute (il fallait une chèvre, depuis tout petit je les adore autant que je m’en méfie) : c’est la chèvre de monsieur Seguin !
Alors, homme ou loup, qui est prédateur empathique ?

Laisser un commentaire