Le cheval dort profondément. Un papillon volette autour de ses paupières closes, dispatchant le rouge et le bleu de ses ailes sur son long front peigné. Il rêve : cela laisse à penser que le cheval rêve ; que le papillon joue dans la musique du rêve. Monsieur Temps s’approche. Je sens le souffle de l’air sur moi.
Je ferme à mon tour les yeux. Je ne m’éloigne pas. Les ocelles du papillon m’ont pris dans leur boucle. Monsieur Temps est toujours là. Ses gestes presque invisibles, comme de longues pattes d’araignées, balancent doucement. J’entends maintenant les frottements des feuilles, les notes perlées, répétitives d’une tourterelle qui rebondissent, s’interrompent, reprennent. Chacun compose sa musique. J’ouvre une porte vers une salle de répétition où les cuivres et les percussions éclatent. Je referme. Des voix s’esclaffent soudain quelque part, comme des paniers de fruits débordants. Plus loin la grande salle de concert, religieusement attentive, s’embarque, s’envole, s’irradie. J’écoute la rumeur qui cimente l’édifice de tous ces bruits. Je cherche une sortie. Mais cela s’enrichit encore, de klaxons, de rugissements, de conversations, de lointains rires. J’enjambe l’escalier, je descend dans la rue. Il est midi, Arthur Rimbaud. Non, monsieur Nuit ne dort pas, c’est le feu pour lui.

Peinture de Paul Klee, 1925

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