
Les micocouliers coulent littéralement leurs grappes de frondaisons dans la lumière solaire — un Gloria de Vivaldi, lent et mordoré, installé dans leur ciel par les musiciens de l’ensemble de Saint-Martin-in-The-Fields un beau jour dans les années soixante-dix et presque pour toujours — toutes ces feuilles pour oreilles prêtées à discrétion aux spectateurs des concerts, chaque année renouvelées, fraîches, main dans la main avec les musiciens.
De la méthode il ne manquait pas à ces musiciens-là, ni à ceux d’aujourd’hui qui sont la génération de leurs enfants et celle de leurs petits-enfants. Tout au long de l’enfance, de l’adolescence et de l’âge adulte ils apprennent et jouent avec méthode. Ils grandissent et vieillissent et leur talent atteint des perfections. Il n’est pas, jusqu’à mon cheval-piano trop d’admiration au monde pour les aimer, se laisser toucher par leur grâce, se sentir pousser des ailes de Pégase et vouloir voler dans leur sillage.
De concert avec les feuilles des micocouliers, toute la diversité des arbres et tout l’art savamment et méticuleusement élaboré, et l’infinie variété des oiseaux sont là, jouent dans le Paradis de l’émerveillement sans limites, sans commune mesure avec le petit Eden de l’origine d’où furent chassés les humains comme ensuite les animaux de toute espèce. C’est dans cette liberté reconquise, surabondante, que nous vivons aujourd’hui, découvrant son étendue jour après jour. Mais le diable est dans les détails, dit-on, qui fourmille. Faut-il le croire ?
un collage de Marie Hubert