Je n’aurai jamais imaginé que monsieur Nuit puisse être amoureux.
Monsieur Nuit m’interpelle :
Toi, celui qui écrit ! Mêle-toi de ce qui te regarde.
C’est bien à vous de me dire ça ! qui mélangez toutes les pensées, tous les mots de quiconque.
Moi je n’écris pas !
Qu’est-ce qui me le prouve ?
Je suis trop vieux pour ça.
Je me suis tu. J’ai pris conscience de ma puérilité.
C’était inespéré. Il fallait me mettre les points sur les i. Celui qui écrit est comme l’enfant d’Héraclite. Il joue à la vie comme l’autre joue au temps.

Monsieur Nuit est complètement métamorphosé, il est taureau, ou peut-être colibri, ou même le jeune homme méconnaissable qu’il a dû être, il se précipite sur celle que son cœur a subitement désirée parce qu’elle est passée près de lui à l’instant du rut, à l’heure du désir. Et celui qui écrit doit partir, loin de ce qui ne le concerne plus.
Après, il y a des voyeurs qui cherchent à voir. Oui, avec leurs gros yeux, comme les mouches. Je les laisse à leur affaire.

Peinture de Marc Chagall

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