Il y a un temps pour tout,
me rappelle doucement monsieur Temps.
Mon geste s’assouplit, je peux le terminer, penser Mais il y a une foultitude de temps, de toutes les tailles, de toutes les formes, qui s’alignent se suivent et se précèdent et partent dans toutes les directions, à leur tour, modifient leur parcours, s’attendent quand survient un imprévu. Ils s’enrichissent l’un de l’autre, détendent leur bouille, se réjouissent. Ou bien se pressent, s’associent pour une tâche mieux réussie, ou plus longue. Ils sont la petite société de fourmis, d’abeilles, que l’on ne voit pas sous notre temps, sous notre propre armée en route, ou en campagne, en train de nous nourrir ou de nous dépêcher vers un but, un objectif, faire face à une situation, contourner un barrage, grosses fourmis, gros Gulliver, grands Gargantuas que nous sommes, revêtus du drapeau de monsieur Temps.
C’est la guerre pour tout le monde. Il y a tellement de guerres différentes, me dit monsieur Nuit qui est en train de me trier du vocabulaire et me tendre des pions, qui roulent entre nos doigts. Bientôt nous les sentons, eux aussi, lisses, ronds ou bossus, allongés, ovales ou à facettes… et nos mains ne font plus que jouer, en chantonnant.

Victor Brauner

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