Composition.
Avec mes amis, mes relations, tous et toutes, c’est comme un filet dans lequel je suis pris, je suis sous tension, nos vies sont en jeu. Ça peut ressembler à un morceau de piano, beau, acrobatique, ou même un combat, une course poursuite, une danse séductrice dont les ressorts sont cachés, dont on ignore la portée, les dangers.
Avec mes familiers, Nuit et Temps, rien ne se passe véritablement, le monde suit son cours, m’y emporte, me conduit. Le monde est un rêve. C’est là que tout va bien. Mais avec l’autre, on a l’élément perturbateur. Je n’arrive pas à en parler, parce que j’ignore où cela peut aller. J’ignore qui je suis, qui nous sommes. Et j’ignore ce qui adviendra. Ce qui sera détruit, et de quelle manière.
Tout cela c’est la musique qui me l’apprend. Il n’y a que la musique pour le réaliser. La musique vivante, la musique de jazz. Mais c’est la musique (monsieur Temps) et la parole (monsieur Nuit) qui me l’apprennent. Ils me l’apprennent mais ne me le donnent pas. Ils me gardent avec eux, ils me préservent. Je reste hors jeu.
Coulée de trompette dans la nuit.
Réponse de hibou.
Il faudrait que les mots se rangent dans une histoire. Dans un corps qui accepte sa condition. Reprendre des chemins empruntés par d’autres, connaître leur chaleur.
Des petites pattes de fourmi qui vont dans tous les sens, à toute vitesse, par à-coups, le plus souvent sur-place semble-t-il, mon écriture.
Un maître qui donne la cadence, imperturbablement, mais qu’on ne sait suivre, dont on ne saurait pourtant se passer, qui encourage, qui donne l’illusion du bonheur. Il est beau, brillant, proche du soleil : monsieur Temps.
Celui qui est enfoui en moi, dans lequel je m’enfouis, l’environnement, la matrice, le linceul : monsieur Nuit. Ma mère, je crois.

Afifa Aleiby, 2006