L’animal que je suis (ah oui ! il y a un philosophe qui a écrit là-dessus, presque exactement dans ces termes… mais ce n’est pas là à quoi je pensais), je me rappelle simplement mon rêve : mon corps d’animal surgi ou resurgi en lieu et place de l’autre, qui m’a fait dire, « l’animal que je suis », m’a donné cette conscience au lieu de celle de « mon corps ». Je me suis réveillé en glissant lentement de ce corps d’animal à celui que j’ai habituellement et que je définis depuis toujours comme étant un homme. Mais l’animal ne s’est en rien retiré, il est resté comme étant moi, lui aussi. Débarrassé de toute pensée — plus nu, plus présent, plus inconnu, quoique je me reconnaisse très bien — c’est pourquoi il ne peut pas disparaître dans la nature, maintenant, retourner à l’état sauvage dans quelque forêt. Je garde conscience de lui — bien qu’il ne soit pas doté de raison, il n’en est que plus sensible, sans mot, presque tremblant, ce corps vieillissant, de plus en plus chétif, presque fripé surtout dans ce froid hiver où le chauffage de l’appartement peine à sa tâche. Mais je vois bien maintenant que c’est lui, qui cherche à jouer du piano, qui cherche à peindre. Ce n’est pas lui qui écrit ni pense. Mes tentatives d’accueillir en moi ces personnages tutélaires censés me constituer — ce monsieur Nuit, ce monsieur Temps, et tous ces autres objets de mon environnement, la rivière, l’arbre, le ciel, toutes ces entités (le soleil…) dont j’essaie de m’emplir, ou plutôt de m’animer, de me faire âme, j’en vois bien le sens maintenant.
Vais-je devoir l’appeler monsieur Animal, puisqu’il incarne si bien l’appartenance, puisqu’il est du monde mon exacte appartenance. L’habitant.
Les autres prennent soin de lui maintenant. Il est si nu en hiver, si fragile, si vieillissant. Ils l’ont tout de suite adopté, avec une incroyable tendresse, comme un bébé. Ils l’habillent. Ils savent qu’il va jouer du piano, qu’il va peindre, qu’il les fera aller plus loin, plus profond.
Comment comprendront-ils sa toute fragilité…

Marlene Dumas, Self Portrait at Noon, 2008
Un beau moment de lecture offert là
et qui met au contact des affinités de
l’animal (anime sans haine c’est aime et sans i c’est âme)
Demander au lecteur quel être est né en lui au fil des mots
il y aurait vraisemblablement peu d’oiselets (sourire)
J’aimeJ’aime