Il n’y a pas plus de moi que de madame Bovary.
Une page se tourne. J’y repose mes deux oreilles.
Cette musique qui s’installe comme un long finale dans une couche d’atmosphère, ou plutôt se rappelle, non pas au-dessus du berceau mais au-dessus de toute l’enfance, comme une grosse orange, un conte de fée qui a bien eu lieu. Cet État social, encore pauvre mais généreux des années 50-60, du verre de lait à l’école, de Mendès-France (Mendès, disait mon père) maintenant, vers mes vingt ans, venait tourner la page — grandiose — voilà ce que c’était Fantasia, ressorti dans ces années-là, comme pour nous révéler notre cadeau d’enfance.
Et puis du jour au lendemain on avait basculé dans notre jeunesse.
Et jamais je n’ai réentendu aussi bien la musique que dans ce Fantasia, qui reste au sommet comme une grosse orange féérique au-dessus de notre enfance. C’est l’Histoire, pour nous enfants du baby-boom, c’est le cadeau reçu de nos parents, c’est leur désir de paix et de vie heureuse qu’ils nous ont, dans le secret de leur persévérance, transmis comme par miracle.
Génération. Le fleuve.
Des pages qui se tournent.
Quel est le rapport avec monsieur Nuit, direz-vous.
Eh bien monsieur Nuit mûrissait pendant ce temps. Il prenait son temps. Il est sorti de la rivière devant moi sur le pont, ou dans mon dos, je ne sais plus. Et c’est lui, pour moi, tout le contenu de la page — non pas madame Bovary pour qui je n’ai eu qu’indifférence — monsieur Nuit, c’est moi.
Parenthèse de la nuit.
Nous nous sommes dit — à demi mots — le malheur de cette guerre. La génération des parents s’en est allée. Les enfants, les petits-enfants, semblent vouloir réinventer les guerres.
Derrière l’ineffable beauté de la rivière, ou devant elle.

Petite pluie d’été sur la rivière

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