Je n’ai pas besoin de penser : Il faut qu’on se parle, tous les deux (la peinture et moi) pour que cela soit. Le dialogue reprend, ou continue, de façon quasi naturelle, j’installe les feuilles, la boîte de couleurs, pinceaux et chiffon sur la table après l’avoir entièrement débarrassée et, sans qu’on se le dise, le dialogue entre en profondeur, péniblement, à tâtons, me mets sur les nerfs mais, finalement, réussira à se faire entendre.
Tout ça dans une totale ignorance de ce qui peut se faire, en pensant autre chose, écoutant la musique, peut-être, croyant me détendre, me mettre à jouer, me faire plaisir, comme on mange, comme on trouve une occupation pour se calmer… Je me remue les tripes sans m’en rendre compte.
Et voilà le résultat… un jour ou l’autre (parfois il faut deux, trois jours), ou quelques heures après. Après un voyage mouvementé, que je n’aurais jamais entrepris si je n’étais pas complètement inconscient de ma place et de mes agissements ici sur terre — ou même simplement dans ma petite société, dans ma ville, ma maison, mon entourage. Je suis dans le bain. Avec la peinture je suis dans le bain, les jours sont comme la rivière, ils me remuent, ils me donnent à manger et à déguster, à me confronter à moi-même et aux autres ou plus exactement à ça, cette énormité que j’ai sous les yeux, que j’avais dans le ventre (ou peut-être de laquelle j’étais dans le ventre). En compagnie de quelque ami ou ennemi, de quelque complice embarqué.ée dans le voyage.
La peinture c’est ce miroir.

Bengt Lindström

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