Un petit moineau batifole dans les airs par-dessus les toits.
Mon cerveau plombé par les guerres. Je retourne au piano. Du courage me vient faiblement des yeux, étonnamment des mains, scrutant les notes, sautant les touches, grâce à Jean Sébastien Bach. Le soleil revient. Les doigts sont encore capables d’apprendre et semblent se remémorer leurs gambades de moineau mais le cerveau traîne cette brume, incapable de conviction… ou peut-être même têtu, renfrogné, conforté dans une autre conviction, de toujours, sa sécurité, sa crainte, masquée d’abord, enfouie sous le désir de comprendre ou peut-être sa prétention.
Mais la musique ne se comprend pas.
Je ne fais pas encore appel à monsieur Temps, j’en suis de nouveau à déchiffrer la partition délaissée depuis plusieurs semaines, avec mon appétit de moineau, parcimonieux sous la couche de plumes d’hiver.
A force de comprendre j’ai compris la guerre. La défense anti-aérienne, anti-moineaux, logée en nous — en nous tous, en notre engeance, qui cherche, de cette manière-là, comme toutes les espèces, à se perpétuer.
Adorno — et d’autres — avait vu cet esprit de sacrifice qui loge dans la guerre — confondue avec le confort capitaliste. Mais que faire ? Écrire est plus simple, mais jouer sur le piano aide profondément pourtant, peindre est peut-être le pur jeu, mais demande la pure inspiration. Quant à moi, je piétine, renvoyant graines, brindilles, un peu de terre, tout autour.
Le soleil s’affirme, généreux, réconfortant. Une petite bande de moineaux excités pépient dans les branches de la courette.

Pierre Boncompain

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