Renoncer, le mot n’atteint pas monsieur Temps. D’où il est il ne peut l’entendre. Le mot est trop loin derrière. Monsieur Temps prends le piano, il m’y colle, je vole déjà, ivresse de l’air, dans les épaules je pressens l’écartement des ailes.
La chair de la pensée revient timidement peser, lentement freiner de son poids de paupiette ficelée d’habitudes, il me faut la regarder, l’avoir à l’œil, la savoir partie prenante dans la course, et peu à peu l’oiseau grandit, prend en charge ce corps et dessine son vol phrase après phrase répétée sans impatience, sans retombée. Monsieur Temps doit être content de son élève.
Le vol en apnée ne suffit pas, je tente de respirer — comme un vieillard autorisé à renaître (ce grand-père dans le berceau qui étonnait tout le monde, finissait par cracher sa vieille cigarette et libérait ses poumons). Je saute à terre, je vais voir les peintures qui m’encouragent une à une, qui ont chacune leur histoire, chacune leur vie, qui sont nées de moi, dont je sus la petite mère étonnée, émerveillée. Je me remets au piano, chargé de ce bagage, la paupiette emballée à l’épaule telle un parachute tissé de pensée molle et timide et de fibres neuro-musculaires baignées de colle à gènes, de souvenirs et de rêves. J’avance maintenant à pas menus mais confiants sous les sons colorés du soleil piano dont un dieu au nom inscrit en haut à droite sur la partition tient les rênes, me souffle des mots d’indication pour la route : doux et balancé, gaiement et rythmé, sérieux, andante…
Myra Coppey, dessin sur la feuille d’un sachet de thé
