À l’atelier. J’écris dans la demi-obscurité. Je sors le cheval par la bride, saute sur son dos, fais avec lui quelques pas, amorce un petit trot, redescends pour le nourrir au crayon de papier.
Je n’ai que des larmes sèches qui n’atteignent pas ma feuille. Mes mains se sont prises dans ma tête et mon visage dresse une porte là où voudrait passer le sourire propiciateur de la musique. Il faut que le mal se partage comme le bien, dis-je au cheval-piano pour le garder en jambes. Dehors sur la part effondrée de l’atelier il attend dans la liberté reconquise de l’enfance, cheval de bois qui apprend à rouler sur le skateboard, à lever le pied, valser, marcher l’amble.
Ici nous savons nous retrouver, autour de lui ou nous jucher sur son dos, monsieur Nuit, monsieur Temps et moi. Prudemment, sans trop de casse, je suis finalement descendu du train de l’existence qui déroulait ses paysages artificialisés et apocalyptiques. Tout se remet à vivre pleinement. Monsieur Nuit vient me déverser généreusement l’eau noire des mots de son sac, où ne se distinguent plus ni bien ni mal, ni la proie ou le prédateur, mais tu saisis dans le courant de quoi former tes gestes, tu apprends le mal à la main gauche, le bien à la droite, puis à l’inverse, tu attrapes à la gorge la petite voix qui vient, caresse celle qui va, elles s’écoutent enfin, elles se tiennent la main comme des enfants.

Adèle Nègre, Les ateliers 12





