
Faisons un peu de mathématique.
Monsieur Nuit appartient à la nuit. Monsieur Temps appartient au jour. Il est dans la transparence du jour. Comme Nuit est dans l’épaisseur de la nuit.
Cela vient, remonte peu à peu pendant mon va-et-vient au piano — du piano au piano. Avec une musique particulière, celle de Jean-Sébastien Bach. Je ne prétends pas jouer du Bach, je travaille quelques mesures. Je fais quelques pas. Et lorsque j’arrive au papier et crayon, voilà ce mot mathématique qui se trouve là sans être appelé (nous n’avons pas d’accointances). Mais c’est une bonne chose. Je pensais à mes oncles, à la simplification du cours des choses, qui m’a ramené à eux. Il y a surtout ce moment, que j’ai raconté souvent, quand j’ai suivi l’un d’eux (un des hommes que je prenais pour un oncle) lorsqu’un soir je m’étais aventuré sur le chemin (la petite route) qui allait du côté où le soleil se couche (en plein bois, en plein marais, loin toujours, à l’horizon), cet homme y allait avec sa charrette et il m’a fait monter avec lui. C’était un beau voyage, je me souviens des fleurs géantes de la nuit, entre lesquelles j’ai dû m’endormir. Il m’a ramené à la maison, je crois que je me suis fait gronder, j’étais tout petit.
Au bout de ce chemin on trouve le jour et la nuit. C’est le chemin du piano. Mon corps crayon va, et vient, des doigts sur le clavier.
Comme la nuit va et vient du jour et de la nuit. Il faut que j’entende dans les touches le son des jours passer dans la nuit, les sons de la nuit passer dans le jour — et y rester.
J’y reviens. Tant de fois, mais jamais autant que ne le font le jour et la nuit. C’est pourquoi je ne joue pas bien la musique. Pas encore. Mais elle est là, je peux la percevoir, parfois. Quelle immensité ! Elle est la nuit, où se mêlent les jours. Agencée par J. S. Bach.
Je reprends encore un peu ces quelques mesures, et je vois monsieur Nuit et monsieur Temps qui s’affairent pour m’aider.
Collage de Marie Hubert





