Je suis à la recherche de monsieur Nuit dans la ville.
Pourquoi ? Qu’est-ce que j’attends de lui ? Qu’est-ce que j’attends de moi ? Je me réponds que je vois bien que tout le monde est à sa place — que je ne cherche jamais qu’à m’insérer quelque part, à me trouver un interstice entre l’un ou l’autre ou même à l’intérieur de quelqu’un. Toujours ? peut-être pas toujours — toujours seulement pour qui je suis aujourd’hui. Toujours pour aujourd’hui. Il faudrait trouver un nom pour celui-ci que je suis, qui n’est pas l’un d’eux que j’ai été mais pas un autre non plus. Toujourd’hui, le seuil du jour, la porte de tout jour. Les mots jaillissent comme des poissons hors de la nuit.
Je marche. Je sens que je suis monsieur Temps à la trace — je crois avoir fait un lapsus. Mais non. C’est seulement la musique qui avance dans laquelle je viens d’entrer sur la trace de monsieur Nuit, ou plutôt de nos regards convergeant sur le pont de la rivière, et nous prenons le large, ne cherchant plus d’interstice. Andante, qui va par les rues mouvantes, au sein d’un ensemble.
Comme je l’attendais lorsque je jouais seul sur mon piano.

Wifredo Lam, Annonciation, gravure, 1982





