sans titre

les constructeurs 1951

Il n’y a pas d’histoire qui tienne debout.

Je les aime toujours passionnément, les constructeurs déconstructeurs. Léger, Les anges. Mes parents m’ont vu tomber de leurs valises en sortant de la guerre. Ils m’ont mis à l’école de Jules Ferry et de Victor Hugo, c’est tout ce qu’il y avait, blouses grises du siècle passé, poussière et bancs de bois.

Je me souviens mon père disait « Il travaille aux ponts échaussés » et ça me fait toujours penser aux grues, aux échassiers, aux pieds boueux. C’est lui qui m’a appelé René, qui a déclaré à la mairie ce prénom qui n’était pas prévu. Il en a rajouté deux autres, le sien et celui de son père. Et lui dans ses prénoms il porte Fernand.

De ma mère, j’ai l’espace. Car le jeune homme enlevé à la montagne de Durance et assigné à la boucherie humaine juste au pied de la petite chapelle de ND de Lorette fut sauvé. Il put revenir donner à une fille ce nom de fleur fragile, de l’Italie, dit-on. Pour elle aussi, je reviens de loin.

Fernand Léger, Les constructeurs, 1951

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