atelier

Encore un atelier d’écriture.
Entendre une mouche voler — les oiseaux chanter. Rester les uns près des autres, tranquilles — comme le crayon joue — fait de la lumière un instrument de musique, de l’ombre un archet. Le crayon vire et volte, le crayon ne changera pas le monde, il ne fera que danser. Il sautera par-dessus les précipices, il tracera des courbes autour des pics, montera en barque dans les rivières, épinglera des guirlandes dans les arbres, roucoulera avec les oiseaux. Le crayon fera l’impossible. Le crayon nous en mettra plein les yeux, il dessinera des fleurs autour des trilles de l’oiseau, le crayon pourra remplir son panier de roucoulades et de trilles, de fleurs et de châteaux. Le crayon se gavera de cerises, les disputant aux merles. Il construira un village, une ville, distribuera à chacun son costume, son travail, son itinéraire. Tout ce qui parle, il le fera parler — sauf les merles qu’il ne pourra que singer, lourdaud, maladroit — eux feront bon ménage avec lui, avec la plume, qui retombera, qui s’endormira. Le merle sait toujours quoi faire quand il ne fait rien sur sa branche, qu’il a l’air d’attendre que le soleil revienne, ou reparte. Il est seul à avoir raison, à savoir que le temps que ceci que cela. Quand tu dors, le crayon, la plume en profitent pour redevenir comme dit Prévert oiseau ou arbre ou machine. Machine à coudre et parapluie. Pendant ce temps le monde rêve, puis il se remettra à croire à son bonheur, à son utilité, à ses trouvailles. Redeviens transparent, mon crayon, fonds-toi dans la brume bleue qui monte sur la route ensoleillée après la pluie, fonds-toi dans la brise qui fait osciller les graminées sur leur gambette gracieuse, qui caresse de la main les feuilles du platane. Fais-toi oublier entre mes doigts qui glissent sur le papier, parle comme si c’était mon cœur directement qui courait au bout de ta mine. Il faudrait que nous soyons longtemps collés l’un à l’autre ou plutôt emmanchés pour que nous sécrétions le livre, comme l’insecte sa soie, comme l’araignée sa toile. Il y faut du temps. A écrire je serai une araignée, une tisserande. Mon secret sera visible dans le soleil. Rien n’apparaîtra pourtant des murs écroulés, des forteresses abattues ni des champs de bataille, ni des chantiers et des décombres, de tous les écroulements de notre passage.
Pour écrire il faut n’avoir pas la parole.

myra coppey oiseau-r

dessin de Myra Coppey

4 réflexions au sujet de “atelier”

  1. Tendre vers l’inaccessible : le crayon en action veut être un oiseau qui vole et l’oiseau qui se replie est à l’image du crayon posé sur la page. Le texte est tout en essor et le dessin très attirant en sa double posture inversée.

    J'aime

  2. Merci pour cette lecture qui relie si bien le crayon à l’oiseau… et qui révèle aussi le jeu des doubles qui sont nombreux ici : parler, écrire, faire, défaire, silence, parole, dessin, texte, action, repos (ou plutôt sommeil, puisque l’oiseau s’endort)… et il se passe entre eux quelque chose (beaucoup de choses) de très attirant.
    Je dois enfin ajouter (question encore de posture inversée) que l’inaccessible que tu vois n’est autre pour moi qu’accessible.

    J'aime

    1. Pour moi en écriture, comme en contemplation en général (l’écriture est une contemplation), ce que l’on saisit n’est jamais ce vers quoi on tendait.
      Mais peut-être considèreras-tu que si l’on saisit c’est qu’à son insu on tendait vers.
      Mais soyons plus sérieux : sais-tu sur quoi est fait le dessin que j’ai mis là en photo ?

      (sur sachet de thé, lavé, lissé, séché)

      J'aime

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

w

Connexion à %s