Rivière

Cette placide coulée émeraude, éclairée de touches blanches, empathique comme un chat qui vient frôler vos jambes, elle passait hier vous montrer l’égal regard pour tout sans différence, aujourd’hui se met en profond accord avec vos pensées effarouchées depuis et restées en alerte. Mais jour après jour elle fait son œuvre avec vous, touche après touche elle vous étonne de sa nouvelle composition, qui ouvre l’espace devant vous.
Dans l’en-dedans, c’est percevoir des chaleurs, des souplesses nouvelles par où se déploient les fils, les branches fines, les tentacules qui vont donner la perception, le geste pour répondre, accepter la main tendue, saisir, offrir, porter à votre bouche nourriture ou parole que vous ne saviez pas encore.
Et dehors, en aval du pont, d’autres couleurs bondissent sur le dos de la rivière, que vous nommez, troupeau bleu, caresses dans les galets, souvenir des oliviers.

Van Gogh, Iris, 1890, MoMA

2 réflexions sur “Rivière

  1. vision d’une rivière souple et tendre « comme un chat qui vient frôler vos jambes », pourtant elle creuse, elle prépare des mauvais coups, murmure en dessous

    profitons de son état du jour en accord avec nos « pensées les plus effarouchées »

    délicieux…

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    1. Correspondance.
      Vous conviendrez certainement avec moi que ce vase d’iris qu’a fait naître Van Gogh de ses pinceaux et la rivière que je croise tous les jours avec quelques mots, correspondent (comme dirait Baudelaire) librement à leur manière. Les choses, que nous ne créons nullement mais que pourtant nous mettons au monde, vont leur vie et restent, peut-être, nos alliées les plus chères.

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