La carpe silencieuse

La nuit je suis toujours avec femme : dans mes rêves il y a toujours la présence féminine d’une compagne, qu’elle soit proche ou invisible. Il semble que ce soit ma situation normale (ce qui reflète d’ailleurs ma vie, à peu près).
Or je me réveille toujours seul, face à une douleur (quoique sans gravité), et c’est bien normal : on est seul face à la douleur, c’est l’expression ultime de l’individualité, semble-t-il. C’est donc cette évidence, rationnelle, à laquelle je suis parvenu (ou que j’ai retrouvée puisque c’était celle de mon adolescence et de mon enfance) maintenant que je vis, seul, le reste de mon âge.
Cela semble bien être nos deux recherches : être avec l’autre (qui va répondre à notre désir de complétude) et être complètement soi.
Ce qui est pour le moins paradoxal.

Ce paradoxe est si évident qu’il passe devant moi — dans mon demi-sommeil et demi-rêve — tranquillement, comme une grande carpe silencieuse.

Eva Gonzalès, Jeune fille au réveil, vers 1877

2 réflexions sur “La carpe silencieuse

  1. exploration de la nuit, proximité de l’autre, présence désirée et d’évidence inaccessible et prégnance de la solitude dans l’accomplissement

    et cette magnifique image de la carpe qui passe dans le silence des eaux vertes

    merci pour tout cela

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