
J’arrive à enchaîner ma phrase difficile, je m’y reprends, persévère, régulier, pour graver le doigté dans la mémoire de la main, lancer la ligne mélodique comme les graines dans le champ. Au bout de plusieurs tentatives répétées je m’arrête, me lève, vais à la fenêtre prendre la chaleur du soleil, la liberté de l’air, et l’oubli, dans le regard des arbres et de la rue.
A mon retour le piano m’appelle au passage, ou brusquement je me retrouve les mains sur lui, égrenant la phrase, le rythme, son rebondissement, ses doigtés, filant le chemin sans accrocs, je déchiffre une mesure, la rajoute, et de ce train-là bientôt la chute de l’attention. J’arrête à nouveau comme vidé d’énergie, ou bien j’ai un éclat de rire, libérateur, énergisant. Je marche de long en large et soudain j’ai envie de m’y remettre.
Et quand, à bout d’énergie, tremblant presque, pris de doute, debout à la fenêtre sur mes deux pieds, tout faible, je suis un petit oiseau.
lithographie de Karel Appel
J’aime beaucoup la traduction en mot de cet état, ce trouble que peut provoquer (cadeau et souffrance à la fois) le contact avec la musique qui nait des doigts … de ses doigts. Lorsqu’une série d’accord et une petite ligne mélodique hésitante (ou pas) que l’on explore (ou pas) se déroule … touches de piano, cordes de guitare … souffle dans un saxo …
oui, prendre un peu d’air à la fenêtre et laisser s’envoler une part de soi-même devenu oiseau..
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Vous avez bien de la chance s’il s’envole ! … pour moi, il en est bien incapable.
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La part devenue oiseau qui s’envole
C’est ce morceau découvert, joué une dizaine de fois pour ne pas l’oublier
et …
qu’on ne retrouvera plus lorsqu’on cherchera à le rejouer
ou du moins
plus tel qu’il était
une partie s’étant envolée.
Reste quelque chose … qui ne vole pas très haut (sourire)²
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