Le rêve

Avant que nous n’ayons ces corps conscients, que nous les traînions souvent péniblement, quand nous étions encore enfants, transparents à nos vies — c’est de là que vient monsieur Temps, pur cristal — l’expérience nous est tellement indispensable encore,

Ces expériences que nous évitons (fuyons) dans la vie consciente, tant elles sont subversives — pour nous-mêmes, pour quiconque nous verrait, nous entendrait — nous y retrouvons tout simplement la force de vivre.
Nos corps sont près de hurler de douleur quand ils en sont à ce point de peur de dislocation, ce point de fuite, d’abandon de toute illusion de bien-être, quand vient le temps de la fatale défaite — la défaite des liens, des architectures, des ressources individuelles et sociales, des stratégies de toutes sortes pour intégrer, pour concilier tous les désirs, tous les besoins, tous les fantasmes, monsieur Temps monsieur Nuit eux-mêmes en déroute,
le rêve vient, nous plonge profondément dans la jouvence, peut-être quelques instants, mais les regards qui s’évitaient viennent de se croiser, de se prouver à jamais le pouvoir du désir amoureux,
la vie reprend, la foule des personnages, les stratégies illusoires affluent de nouveau, les joies, les luttes.

Picasso, 1932

2 réflexions sur “Le rêve

  1. Il m’a fallu un temps de latence entre (les) deux (dernières) lectures pour entrer dans ton texte « Le rêve », pour en lire les ressources que tu y vois, en regard de ce à quoi il permet d’échapper… et à quoi il permet à nouveau d’accéder, au-delà de la défaite … le faire, les faits, (… la fête ?)
    avec ce terrible … pour un temps.

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