Mon cheval.
Ce n’est pas tout à fait un cheval, encore, mais l’encolure frémit, le poil brun sombre luit de soleil et je sens son odeur.
Il me regarde de toutes ses dents. Il est prêt.
Je ne suis encore qu’à le caresser par petites touches du bout des doigts, me tenant assis à distance comme un enfant sur le tabouret qui n’est que le petit cheval de bois qui l’accompagne.
Il m’a fallu, d’abord, des semaines pour apprendre cette courte chanson du cowboy, puis des jours, puis des heures, et je vois maintenant qu’elle ne prend que quelques secondes à être jouée.
Entre mes pieds ses pédales en métal chromé sont des étriers qui attendent. Son clavier en enfilade de sabots noirs et blancs s’apprête à la chevauchée. Il ne s’élancera pourtant pas avant de sentir le poids sûr du cavalier sur son dos.
Mon piano est de plus en plus chevalin, de plus en plus présent et sûr de son corps face à la porte ouverte, entre deux fenêtres de mon appartement. Il se tait. Simple et droit. Noir et blanc comme la mer et comme la forêt. Il est l’œuvre de tous les artistes qui ont existé, il les met entre nos mains et nous laisse aller vers nos horizons nouveaux.
Toute cette mise en scène (ce jeu ?) n’est-il destiné qu’à rassurer l’enfant… déjà les nuages sur le tapis aux motifs floraux gris clair sur gris très clair sur lequel est posé le piano le réinstalle dans un ciel enfantin… il se bâtit une cabane avec des bouts de musique, un cheval de bois… il apprend sur la méthode de Lang Lang… mais quel enfant demande encore sa place au vieux chemineau ?

Peinture de Pramod Prakash

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