Vais-je devoir me résoudre à l’écriture d’un livre… la réalité qui vient se faire jour cette nuit dans un demi-rêve ne m’offre guère d’autre solution. La ville dans laquelle je vis est devenue une sorte de meilleur.2 des mondes — une ville qui s’étend d’ailleurs probablement au-delà de toute limite. Mon apparition dans la rue est cocasse, tragi-comique, c’est un début qui s’impose pour un livre très correct : Je suis en train de ramasser ma merde par terre avec ma main gantée d’un sac de papier. Je suis dans le quartier canin, c’est-à-dire autorisé à notre caste, nouvellement créée par décret, qui nous laisse déambuler pour prendre l’air et faire nos besoins de cette manière simple et économique pour la société. Je ne m’attarde pas dehors, il n’y a rien à voir ni à faire d’autre. Je vais remonter chez moi mais ce n’est plus ce que c’était, c’est un lieu fonctionnel pour manger, écrire (je suis reconnu écrivant), se divertir (sur écran), dormir.
Une certaine production de livres se maintient provisoirement, sa disparition spontanée est prévue à court terme. Écrire une page par jour pour justifier de mon appartenance à la société, je n’ai pas d’autre choix, la liberté n’existe plus, pour personne. Des différentes castes, la mienne est, je crois, la plus tranquille. De toutes façons nous recevons les substances chimiques nécessaires pour nous sentir adaptés à notre condition.
C’est ainsi que le rêve du livre vient de s’achever.

Georges Braque, La mandoline bleue, 1930

Une réflexion sur “

  1. En écho à ce rêve, la mandoline bleue (peut-être un luth) me baigne d’une réflexion sur le temps — et la musique qui s’en échappe.
    Car le cubisme de Georges Braque, loin de faire table rase de l’art du passé, ramasse tout sur la nappe et offre un menu de concert qui mélange l’amertume, l’ironie et parie sur une nouvelle douceur de l’ordre brisé. Entre audace et nostalgie, à jamais suspendue dans son temps, comme les oiseaux arrêtés en plein vol.

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