Je suis complètement gouverné.
Le crayon lui-même le sait, mais je ne peux déchiffrer ses mouvements désordonnés et incertains. Je pourrais lui prendre la main, parler à sa place, combler cet inconnu qui m’appartient par quelque chose de mon invention à quoi j’irai me soumettre, que je reconnaîtrai comme mien, qui compensera l’égarement dans lequel je suis au milieu de l’immensité des forces que j’ignore. Je triche avec le crayon en le maintenant en main, en le guidant, c’est un cheval lui aussi que je tiens par le mors alors que je voudrais qu’il m’emmène au-delà de mon sentier connu, hors de mon équilibre, qu’il me relie à des orbes plus vastes, qu’il m’invite à danser hors de mon corps enfermé. Il faudrait qu’il soit musique ! lui aussi.
Qu’il abandonne les mots pour n’en garder que le fluide, qu’il abandonne la trace pour ne garder que le mouvement, le désir et sa réalisation.
Mais un crayon ne chante pas… si ! je l’entends chanter, doucement, grattouiller. Comme un vers qui grignote, une petite souris… saura-t-elle un jour jouer du piano ? Peut-être, lorsque nous monterons tous deux sur le cheval. Elle sera là, conquise par le grand rire de mon ami, elle jouera de ses pattes fines, de son museau, de ses moustaches. Je dois la garder près de moi, j’ai bien vu à quel point je suis désespérément maladroit depuis que je ne raconte plus l’histoire du cheval-piano. Je vais te présenter, petite souris, je vais te faire adopter, nous irons tous trois courtiser la musique.

Une réflexion sur “

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