Étrange vacuité, qui vous fait faire des choses sans importance : prendre le papier, les pinceaux, les couleurs, regarder ce qui vient, continuer.
Il vient un moment où quelque chose vous retient, vous happe, et vous entrez dans ce qui commence à emplir ce moment de vie, ce monde qui est le vôtre.

Cet épisode expérimental auquel je m’adonne — un peu par désœuvrement — mais que je sens tout de suite crucial, va m’apprendre beaucoup… Comme mettre les pendules à zéro. (Pour la peinture je peux me donner un sujet mais je préfère ne pas le faire.)

Toujours ou presque, je fais des choix de hasard.
Je réponds au téléphone parce qu’il vient de sonner. Ou au réveille-matin. Ou aux prescriptions de l’emploi du temps, etc.
Rarement je suis dans cette situation expérimentale d’un être humain qui peut choisir ce qu’il va faire. On pourrait croire pourtant que c’est le propre de l’être humain. L’évolution des espèces l’a conduit là : au choix de ses actes, à la possibilité d’une décision. Dans l’absolu. Théoriquement. En pensée.
Mais peut-être cela n’est-il rien. Qu’une pensée. Et que le hasard revient au galop — une contingence, une contrainte — et que cet humain, tout humain, est intégré dans la matérialité des contingences et des contraintes, qu’il n’est pas pure pensée.
Voilà ce que me dit la peinture. Elle représente toujours le monde. Et non ma pensée, comme je l’aurais voulu. Ou imaginé. Le monde toujours appréhendé par mes sens, par mes gestes, caressé peut-être, infléchi peut-être, par ma pensée.
Ce que le peintre ne m’a pas dit.
Mais que, de retour chez moi, dans ma perplexité, j’ai écrit, me confiant au hasard du crayon sur le papier.

Derain, Nu debout, 1907, pierre

2 réflexions sur “

  1. bien sûr, ce rôle du dit « hasard » qui intervient sans cesse dans tous les compartiments de nos existences et on aime ça…
    et quoi des liens entre hasard et instinct ?

    et quel magnifique nu de pierre…

    merci

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