Ces peintures, ces formes, ces couleurs qui se répètent, se chevauchent, se bousculent, s’engendrent et se dévorent, qui crient et chantent dans leurs langues inconnues, comme ces notes que le piano renvoie, répartit à mes doigts, précipite à mes oreilles, que mes bras, mon corps fatiguent à interpeller, comme ces mots débordant de ma pensée, fusant de mon impatience, de mon inquiétude, de mes promenades avides à regarder, à fouiller la tête des arbres que les premiers jours de printemps excitent, la tête des gens entraperçus, les silhouettes floutées, leur expression ou l’impression rapides qu’ils m’abandonnent au passage, toute cette agitation m’amènera-t-elle à l’espace réel du partage, à cet inaccessible monde qui recule doucement, qui se refuse discrètement à mes avances — tout en donnant le change, me laissant imaginer, inventer.
C’est un réel progrès pourtant sur ma jeunesse, lorsque déjà je rêvais cet au-delà tout près devant moi, tout près de céder mais que je ne pouvais me résoudre à falsifier. Aujourd’hui j’ai toutes ces couleurs, ces notes de musique que le piano me met dans les doigts, ces mots que le crayon glisse au papier, ces pensées qui se gaspillent, ce corps qui danse, tout ce qui parle à ce monde profus, grouillant, qui m’assaille, trop grand pour moi.

Afifa Aleiby

2 réflexions sur “

  1. J’écrivais un début de texte quand en le relisant, je me suis aperçue soudain que quelque chose clochait dans la ponctuation : il manquait de virgules ! Ah, me suis-je dit, mais où donc sont-elles passées ? Hé bien voilà, je les ai retrouvé dans ton texte, elles avaient toutes été « volées » et dispersées ici ! Je pouvais toujours les chercher, heureusement que j’ai fait mon enquête ! (Je peux maintenant me remettre au travail !). Ceci dit, je m’interroge toujours en lisant tes jolis textes.

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  2. Ah, quelle habile enquêtrice ! J’avoue… mais j’ai tâché d’en faire bon usage, de ces jolies virgules à toi dérobées en toute insouciance. Il est vrai qu’à chaque fois que j’en pose une je m’interroge (moi aussi) : est-elle bien à moi, ne suis-je pas trop gourmand ?
    Un grand merci parce que cette complicité toute légère dans l’écriture me réjouit.

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