Je me suis installé dans un coin de l’écurie d’où je vois le piano déserté par son cheval, le tabouret, tous deux noirs, tranquilles, attentifs à l’espace silencieux de la nuit — révélé par la couleur électrique dans laquelle tout est baigné, docile et ordonné, surfaces de tapis, parquet, fauteuils, coussins, tissus et draps d’un lit improvisé. Des partitions sur le dos du piano, des livres sur la cheminée, des motifs sur un tapis, des peintures aux murs, des vêtements sur un fauteuil, attendent.
Ces hommes qui étaient passés un jour, ces frères ou ces jumeaux, ces architectes, ces indistincts personnages qui finissaient par se dissoudre en transparence dans les lieux, je me sens comme chez eux. En espace pacifié.
La nuit éclairée, ce n’est pas la nuit ni le jour, c’est l’espace pacifié. Là, tous les hommes et toutes leurs actions semblent absents. Et néanmoins présents dans la patience des choses. Sortant de l’espace protégé de l’écurie (presque comme d’une chapelle) on se retrouve dans la nuit vivante, comme au milieu du chant des crapauds, sous le feu des étoiles. On peut, on a le vif désir de tout recommencer.

Victor Brauner, Envolement.
Pour Victor Brauner et son Envolement, merci, et pour le vif désir de tout recommencer !
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