Il y a un autre personnage dont je ne parle pas souvent. Il est là pourtant, bien en évidence, presque trop pour qu’on prenne pleinement conscience de sa place centrale et omniprésente. Je l’ai déjà observé, un peu de biais, lors d’un dialogue avec monsieur Nuit, N’es-tu pas toi-même un personnage, m’avait-il dit. Ou bien, plus souvent, je l’ai confronté en plein centre, de pleine face : je l’ai pris pour un corps, Qu’est-ce que tu fais dans ce corps, me demandais-je, hautement inquiet, bouleversé.
J’étais presque cartésien, dans ces moments, me dis-je maintenant, je me voyais dans ce corps, comme un capitaine en son navire, mais ignorant tout ou presque de la navigation, une marionnette lui-même, en quelque sorte. Manipulé par quelque dieu, peut-être.
Je ne perds plus conscience de sa présence, maintenant. Il est au milieu de la maison, au milieu de la rue, partout où je suis, plus proche qu’un vrai jumeau, plus proche qu’un alter-ego, il me coïncide. Je m’y fais. C’est une aventure délicate. Mais sans pareille. Je suis bien persuadé qu’il n’y en a pas de plus forte. Mais peut-être si, après tout.
D’abord, j’avais cru qu’il n’était qu’un corps, j’ai failli le nommer : le Corps, ou lui trouver un nom, le mien ou un autre. Mais je ne me décidais pas. Pencil ne se bougeait pas pour l’écrire. Il vient seulement de s’y mettre. Alors je suis dedans jusqu’au cou, tripes et entrailles, mais aussi toute la neurologie, toute la mémoire, tout le présent et l’avenir. Je suis lâché sans filet avec mes Parques qui me tiennent pour seule assurance.
C’est Je, dit Pencil. Je, c’est jouable comme nom. C’est bien porté, du reste, par beaucoup de tes semblables.
Va pour Je.

Parques, Sculpture de Françoise Coutant

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