Il faut que je prenne des nouvelles de monsieur Temps.
C’est pour ça que vous êtes venu là ?
Comme s’il m’y attendait, oui.
Il est là ?
Immensément, tout blanc, largement étalé en travers de la table (un petit guéridon de jardin dans la cour d’école devenue médiathèque d’été), en travers de tout l’espace lumineux, où le soleil vient en légère vague, jouer avec la brise fraîche, des petits éclats de voix, atténués, comme feraient des voix d’oiseaux, des petits roucoulements de voix, des passages furtifs, discrets, d’un homme, d’une femme, un petit sac à dos, oiseaux aussi, des jolies silhouettes passent de temps en temps dans un sens ou l’autre. Très tranquille et continue fréquentation. Des mots portés par les voix, par cet air doux qui caresse et agite les robes avec délicatesse. Monsieur Temps est très accueillant, habité avec bonheur, je le trouve en pleine forme, oui. Tiens ! Je le vois comme un homme vêtu légèrement, d’un short et d’une chemisette d’été, assis au milieu de la courette à une petite table blanche, tandis qu’une vie tranquille et animée, des enfants aux voix agiles de petits oiseaux sont venus jouer à la marelle. Monsieur Temps, c’est donc lui, quelle chance de le trouver en personne. Il semble écrire. Tout s’apaise un moment. Je crois qu’il doit être près de midi et qu’ils vont fermer. On entend un souffle léger dans les platanes, le chantonnement d’une personne qui passe tout près de moi, au rythme de sa canne. Une fourmi passe, s’arrête un peu, s’interroge, puis repart en traversant la table jusqu’au confins où elle disparaît. Une autre, une autre encore, viennent pointer les antennes et tricoter des pattes par ici. L’une monte sur mon bras. Une feuille magnifique, ocre, se pose sur le sol. Monsieur Temps tellement discret, toujours, se fait oublier.

Alberto Giacometti