Très modestement, sans élever la voix, le cheval-piano est en train de me donner une leçon que je n’aurais jamais prétendu demander. Il me fait poser les pattes sur un temps précis, un endroit précis qu’il a décidés, il me fait faire la marche lente dite « Place à l’Empereur » comme indiqué sur la partition. Le son qui s’en dégage ne laisse aucun doute, c’est par la Chine qu’il me fait passer. Aucun intervalle, aucune accentuation, aucune suspension ne me sont familières, je suis obligé de me soumettre à ses gestes qui font de moi un cheval de cirque entre les mains de son dresseur. Il n’a pas de fouet. C’est d’une voix intérieure, presque douce, qu’il me fait comprendre que je dois apprendre à me discipliner. Le tout est lourd, étrange, porteur d’un collectif dense, presque intime, non pas extraverti, clinquant ou agressif comme nous les vivons en occident. Mais la musique semble avoir abattu les frontières et nous inviter à un grand élargissement, des lieux comme des façons de faire. Je me laisse guider par le cheval-piano, devenu un étrange inconnu, intimidant, pour qui j’éprouve soudain un respect immense et véritablement tendre et joyeux. Je le vois maintenant à travers une brume lumineuse, comme un magicien d’Oz. Je sens qu’il me dispense, à petites doses, un peu de grain magique.

Baya