Le peintre caché dans mon épaule se laisse glisser au sol lorsque nous arrivons à la hauteur de la jeune fille et repart à la maison. Elle, dans les yeux de qui je vois un bout de la rivière que je cherchais pour m’y noyer, me fait un rapide reproche ou une mise en garde ou une autre forme de défiance que je ne comprends pas.
Le peintre met une pile de larges feuilles devant lui sur la table, comme autant de pièges en eau libre pour la sirène, les poissons, les déesses encore inconnues. En installant ses couleurs il vient frôler le piano-cheval pour sentir sa sueur qui le motive plus que quand autrefois il allumait une cigarette avant de peindre. Puis il se jette avec précision dans une première ligne de bleu désir, un passage de ciel dans l’eau. Un oiseau vient aussitôt, peut-être une hirondelle de rivière, il en a vu encore ce matin même. Elle laisse un trait d’écume comme le frémissement du vent. Il retourne vers le piano, il respire sa peau noire, il va en déposer une large touche qui s’enfonce dans le courant.

Marie Hubert

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