
Je me suis mis au piano et j’ai failli me décourager tout de suite. Mais monsieur Temps m’a donné juste une petite bourrade à l’épaule et c’est reparti. Doucement. J’avais un gros handicap à remonter : deux jours sans avoir eu le courage de m’asseoir sur le tabouret, ni même de soulever le couvercle et jouer un peu debout comme il m’arrive de le faire.
Je fais des gammes, je joue des petits airs faciles. J’essaie de raccrocher l’enfance, de tenir la ficelle qui tire le petit chariot d’un pantin de bois. Je repasse mes petits jeux d’enfant sans presque me tromper.
Et je sens que le pantin est remonté dans mon corps, jusqu’aux épaules, dans les jambes, s’est réinstallé.
Je dois dire que ce petit bonhomme me fait du bien, il me redonne une petite vitalité bien à lui.
Et je crois bien que je lui donne quelque chose aussi…
Pourquoi était-il resté comme ça sur son chariot avec ses roues qui n’avançaient pas, ses bras que plus rien n’articulait pour les faire balancer, son dos se plier et se redresser au rythme de la marche, sa tête et son chapeau se soulever et rire, et tout le bois de son corps se réchauffer, s’agiter comme les branches de la forêt au soleil, servir, pourquoi pas, de balançoire aux oiseaux.
Le grand-père c’est moi maintenant. Ce grand-père que j’ai construit il y a longtemps, à qui je donnais des ficelles et des boules de nuages pour ses fabrications.
Et je vais dans la rue trotter comme un petit cheval.
Lithographie de Constant





