Ça se complique. Entre monsieur Temps et monsieur Nuit il va falloir choisir, je me redis quelquefois — quand au piano je peine dès le matin et qu’en écriture je dois bien constater mon intermittence de hauts et de bas —, alors le temps d’un soupir — un gros soupir — je rêve d’une activité unique et continue et qui mène quelque part. Une seconde après je réintègre mon corps — que je n’ai pas quitté — comme un boomerang trop lourd pour moi, entre un poignet, demi-foulé, et une hanche, trois-quart luxée, je me rends à l’évidence : il y a un troisième larron. Le corps.
Je suis comme un dompteur de cirque avec mes personnages.
Essayant d’en atteler un, me mettre dans la peau d’un autre, dans l’esprit du troisième. Non, je ne rêve plus : Je suis bien équipé ! Tous les trois au milieu de la piste, nous sommes quatre mousquetaires désarmés. Et je tiens le chapiteau au-dessus de nos têtes, pour ne pas dire au-dessus du monde, car, oui, nous sommes en public, cette fois je le sens bien, j’ai grandi tout d’un coup depuis que j’ai pris le poids (la mesure) de l’enfant — que j’étais, que je porte maintenant —, nous y sommes en plein milieu.
Mes enfants, mes enfants ! tous ceux que j’ai vraiment eus, et laissé échapper pour de bon, ici maintenant dans le public, vous riez du clown, enfin ! Et ça me fait rire.
Alors, je me remets au clavier, m’harnachant, m’activant, pataugeant dans la boue et me maintenant — comme le dit ma petite-fille qui m’a rejoint en piste toute une semaine — la tête dans les étoiles.
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Photographie de Adèle Nègre





