Jannie ~ 8ème mois de grossesse

P1040697Il doit être quatre heures du matin, je ne parviens pas à trouver le sommeil… D’ailleurs en ce moment les jours et les nuits se confondent. Je me repose, j’essaie de lire un peu, je passe du temps sur mon téléphone portable. Et heureusement, grâce à mon père j’ai droit à ma petite promenade journalière, histoire de me dégourdir les jambes.
A part ça, je suis seule car je ne vois personne. Seul mon père est d’une bonne influence, calme, à l’écoute. Et surtout il me connaît par coeur et ne me juge sur aucune de mes attitudes. Je me laisse donc vivre… Je suis impatiente que la date d’accouchement arrive. Impatiente de donner tout mon amour au petit être en moi, qui pousse de jour en jour. Je me dis que je ferai tout pour la protéger, la respecter, être à son écoute et l’aimer telle qu’elle sera.
L’aimer d’un vrai amour, et pas d’un amour égoïste et étouffant. L’aimer si fort qu’un jour je serai heureuse de la voir prendre son envol, construire sa propre vie. L’aimer en lui laissant sa liberté de penser, de s’exprimer, d’évoluer à sa façon. Quels que soient ses futurs choix, je les respecterai. Car elle sera elle-même, unique, avec ses qualités et ses défauts, son intelligence, je lui ferai confiance et ne douterai jamais d’elle. Quand on aime quelqu’un on ne le juge pas. On l’écoute, on essaie de le comprendre, en sachant qu’il est différent de nous.
Ma petite chérie d’amour je lui apporterai des câlins, des bisous, je serai accessible, de jour comme de nuit. Lorsqu’elle aura besoin de moi, je serai toujours là pour elle.
C’est un être à part entière qui a commencé sa vie en moi.

Jannie

Donner des nouvelles

Donner des nouvelles, c’est quelque chose qui se faisait autrefois chez nous — je veux dire dans la famille Farnaud, puisque c’est elle que j’ai aujourd’hui essentiellement dans mon souvenir de l’enfance.
C’est Lorette et Marie-Thé qui s’en chargeaient. Marie-Thé avait une écriture que j’adorais (je pense qu’elle l’a toujours), ses lettres étaient épaisses, de nombreux feuillets écrits recto-verso de cette grande, ample, rapide écriture, bondissante comme un torrent alpin et ondoyante comme la Durance (de l’époque). Autant ma mère que nous les enfants, on avait envie de se précipiter sur les enveloppes gonflées où notre adresse était inscrite avec la même écriture de croisière enchantée.rt-cuisine
Elle donnait des nouvelles de tous, de tout le long de la Durance et de la côte d’Azur, on entendait sa voix plus magique que le trésor d’Ali Baba qui nous parlait, à nous ses neveux, sa soeur, son beau-frère. L’hiver elle nous envoyait d’énormes colis de mimosas qui emplissaient la maison pendant des semaines. Maman lui répondait, lui écrivait, c’était un ballet de transhumance où nous étions tous embarqués. Quand Guillaume étant petit, et même adolescent,me disait « la famille », il aimait ce mot, et même « on fait la famille » pour dire : les câlins, j’étais impressionné, je sentais, sans y penser, quelque chose peut-être de comparable, mais qui lui appartenait.
Je vous écris de ma cuisine.
Voici la table. En même temps je regarde l’arbre dehors, un cèdre du Liban, c’est pour cela que j’habite ici.
En face de moi le banal décor de cuisine m’enchante, lui aussi. P1040764Il doit être près de treize heures, c’est le plein été. Depuis quelques années les cigales ont envahi la Drôme, P1040758c’est agréable, mêlées aux martinets, aux merles, c’est même un régal ! Jannie va se lever, elle aime rester longtemps au lit, le matin en cette période un peu lourde du huitième mois de grossesse.

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