des hommes et des robots

Andrea Borile ( EyeEm Gettyimages)

Possible que la nuit perce par là – ce doit être le langage de la nuit qui pointe là – nuit agitée livre de la nuit livre des traces des hommes et des robots s’affrontant dans la nuit leurs grosses pattes écrasant le sol étouffant noyant tout ce qui vivait sous leur passage – bourrelets de caoutchouc noir munis d’une visière à demi opaque et tenant devant eux des boucliers taillés comme des murs portatifs progressant en faux aveugles – réductions de chars de combat engins individuels clopinant bousculant assaillant ou repoussant les fragiles humains qui se lançaient contre eux de toutes leurs forces en tentant de leur expliquer qu’il vivaient ici, qu’ils avaient leur source, leur oxygène, leur lumière, leurs enfants ici, leur nourriture, leur travail, leurs rêves, que leurs pieds prenaient appui sur ce sol-là. Mais eux les robots ne pouvaient pas entendre, ils n’avaient ni oreilles ni bouches pour parler, leurs yeux étaient obstrués, leurs membres entravés dans le carénage, fixés au bouclier et au lance-projectiles ou à la lance à gaz – ils avançaient imperturbables dans l’affrontement où les autres rebondissaient sur les boucliers, reculaient, criaient, parlaient, étaient écrasés, parvenaient à se redresser, à ramper, faire face à nouveau aux assaillants, s’essoufflant sur le puissant armement, frottant leurs joues au plexiglas, au métal, s’écorchant au caoutchouc synthétique, mouillant de leur haleine, de leur sang les carapaces mécaniques –  mais dans ce presque corps à corps elles pouvaient paraître animées d’une force sourde comparable à une énergie animale sortie d’un vieux grimoire de l’imagination humaine ou des délices d’un jeu vidéo.

Photographie de Andrea Borile ( EyeEm Gettyimages)