pain

braque-blackfish-1942

Si vous avez lu le mot anglais [‘pein] vous avez senti son petit poids descendre à l’intérieur, s’ouvrir un passage, éprouver le contact, trouver le doux, s’y poser, légèrement, se fractionner presque imperceptiblement et dissous, en suspension, respirer.
Ainsi imaginai-je le mot qui nomme, et plus ou moins rassure.

Le mot français [pẽ], si c’est lui que vous avez lu, n’a pas fait le même voyage intérieur, il ne vous a pas parlé de cette douleur-là, de cette faim-là. Il était déjà posé. Objet posé à l’extérieur de vous, mais à portée d’une main, d’une imagination, peut-être d’un rangement, comme l’image d’Épinal. Ou une peinture, que vous avez faite, donnée en partage.

Peinture de Georges Braque, 1942