le premier mot

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PaPa est le mot que je connais le mieux – ou pas exactement. C’est le seul mot qui me vient spontanément – brusquement toujours, ou plutôt qui surgit du plus profond de moi. Mais je ne le « connais » pas précisément. Au contraire, peut-être. Il m’arrive comme étranger, comme étrangement. Il surgit, il survient, de l’intérieur, ou peut-être de l’inconnu. Il me trouve, il me traverse, il me rejoint – c’est lui qui me connaît.
Comme mon père, justement. Comme mon père l’enfant que je suis (que j’étais), comme il me connaissait (ce qui m’étonnait, me surprenait – et me rassurait.) C’est l’impression que j’avais – ou c’est ce que je voulais – que je désirais.
Ce qui surgit donc là, ces deux syllabes qui explosent comme un rire – involontaire –, qui me surprennent, m’arrivent sans prévenir, de temps en temps, depuis des années (des années après sa mort), ce serait donc comme quelque chose de très archaïque dans ma vie… de très neuf aussi : cet attachement primordial…
A la différence d’Henri Michaux – qui était seul au monde – pour qui le premier mot qui vient, c’est toujours Abricot.
Pas seul au monde, finalement.
Ni lui, ni moi.

dessin r.t