contre-ciel

isabelle_ferreira_2014_credit_laurent_grivet_3-r

La mémoire est pleine, elle déborde, la nuit.
Parfois des mots tombent du ciel, dégringolent avec la fantaisie des aventuriers de nos illustrés d’enfants, débraillés, degelés et clinquants, ferraillant et pouffant de rire dans ma nuit fleurie.
Restes diurnes, lectures ou paroles, rencontres, pensées. Ce sont des restes de restes, étoiles s’éteignant sur la surface du jour.
Ce sont des îlots fleuris qui viennent flotter dans ma nuit, m’ouvrir les paupières comme la grille du jardin puis me laissent les refermer, poursuivre ma promenade endormie.
Soudain des mots s’arrêtent devant moi, sur le lac. Ils ont la douceur lumineuse d’un soir d’été. Ce n’est plus Rabelais, c’est Michel de Montaigne et Etienne de la Boétie, j’en goûte l’intelligence rare et généreuse, comme du pain.
Avant que les oiseaux pépient et que les voitures sillonnent le matin.
Contre ton dos carré, contre ton dos de fleur ou de poisson je finis ma nuit, avec toi ou ton souvenir.

Isabelle Ferreira, Contre-ciel, balles de cartons, acrylique, 2014
Chapelle Saint-Drédeno, Saint-Gérand, Morbihan