contre-ciel

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La mémoire est pleine, elle déborde, la nuit.
Parfois des mots tombent du ciel, dégringolent avec la fantaisie des aventuriers de nos illustrés d’enfants, débraillés, degelés et clinquants, ferraillant et pouffant de rire dans ma nuit fleurie.
Restes diurnes, lectures ou paroles, rencontres, pensées. Ce sont des restes de restes, étoiles s’éteignant sur la surface du jour.
Ce sont des îlots fleuris qui viennent flotter dans ma nuit, m’ouvrir les paupières comme la grille du jardin puis me laissent les refermer, poursuivre ma promenade endormie.
Soudain des mots s’arrêtent devant moi, sur le lac. Ils ont la douceur lumineuse d’un soir d’été. Ce n’est plus Rabelais, c’est Michel de Montaigne et Etienne de la Boétie, j’en goûte l’intelligence rare et généreuse, comme du pain.
Avant que les oiseaux pépient et que les voitures sillonnent le matin.
Contre ton dos carré, contre ton dos de fleur ou de poisson je finis ma nuit, avec toi ou ton souvenir.

Isabelle Ferreira, Contre-ciel, balles de cartons, acrylique, 2014
Chapelle Saint-Drédeno, Saint-Gérand, Morbihan

8 réflexions au sujet de “contre-ciel”

  1. libre cours à la vie des mots et des images, qu’espérer de mieux avec la fréquentation de l’ics et de la psychanalyse ? Ah Michel de Montaigne qui  » caresse et festoie avec la vérité où qu’elle se trouve » et de La Boétie qui écrivit ce si beau texte sur la servitude volontaire, si jeune… goûter volontiers ce pain de la nuit. Merci de cette ouverture sur la nuit !

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  2. Un superbe texte étoilé sur la mémoire, le passé mort …un texte lumineux qui déborde de mots de vie, fait appel aux mots vivifiants des autres aussi , te ressemble , rassemble condense tant de restes de restes si bien accommodés comme dans un rêve . Merci René. C’est beau et cette nuit renvoie aux jours heureux et à venir .

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  3. Alors que je voulais te remercier pour cette rivière de mots en fleurs, n’étant pas chez moi,utilisant mal mon smartphone, j’ai perdu mes deux échos à ton texte. Hélas, il arrive que les mots meurent; ou restent suspendus dans l’espace. J’espère que ceux-ci t’atteindront.

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    1. Ils m’atteignent et je les recueille, d’autant plus précieusement que je sais qu’ils en cachent d’autres, perdus ou morts, ou suspendus et qui sans doute, venant de toi, comme ceux de Rabelais, nous tomberont dans les bras ou sur la tête un de ces jours…

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  4. Mots palimpsestes…Il y a sous les mots d’autres mots et puis d’autres encore dans une mise en abyme si riche que se constituant, elle nous constitue. Quand je regarde le contre-ciel d’Isabelle Ferreira, qui m’émeut étrangement, et quand je lis ton contre-ciel, je pense à celui de René Daumal et à ce qu’il écrivait : » «Je veux vivre toujours d’une vie plus réelle, en rejetant dans le monde tout ce qui me limite, et dont je fais aussitôt une Existence, une Matière, un Objet de connaissance ». Et quand je lis tes dernières lignes, j’embarque avec toi dans un rêve adossé à un(e) autre, au monde et aux mots, ceux qui pleuvent sur nous ou dont nous faisons fleurs en brassées.

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  5. Texte tout de justesse et de sensibilité. J’y retrouve le sentiment familier que nous sommes habités par plus loin que nous, nourris des mots des autres qui initient les nôtres, et que nos mémoires choisissent, pour nous grandir, ce qui nous va le mieux. Je sens là des mots d’insomniaques, mais peut-être que je me trompe. C’est que la nuit dit tellement.

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