désir

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Je reviens au désir — désir revient à moi. Autant le dire, nous ne nous sommes pas quittés — pas tellement quittés mais éloignés par moments, par jeu, sans nous lâcher de l’élastique qui nous tient, qui nous rapproche, nous éloigne… Car il y a toujours quelqu’un à l’autre bout, nous le tenons à distance, le ramenons… Tandis qu’à son tour il fait de même pour nous, il joue avec nous, tu m’aimes ? tu m’aimes pas ? tombe dans l’eau ! remonte sur mon bateau !
Est-il possible que ce jeu d’enfant (mon premier jeu ? sur les genoux de mon père…) perdure toute la vie ? Que ce jeu excitant, insensé reste notre nervure profonde, notre enjeu de vie ?
Tu m’aimes ou tu m’aimes pas ?
— Je t’aime ! Tu es parée de tous les attraits de mon désir, tu t’es emparée de tous mes désirs…
— Tombe dans l’eau !
Remonte sur mon bateau. Il y a toujours quelqu’un à chaque bout. Quelqu’un qui n’est pas toujours quelqu’un, mais quelqu’un d’autre… mais qui n’est pas l’objet du désir. Car désir n’est pas d’objet.
Mais de feu. De mouvement. Comme l’eau.
Désir est du vivant, qui oscille, qui interroge, entre l’eau et le feu.

Marcelle Rivier, huile sur papier, 1957, Musée de Valence