fleurs miel et confitures

DSCN0162rJ’ai fait des confitures.
C’est un mince filet de la grande tradition familiale que je reprends.
Une de mes enfants en profite – quelques uns de ses amis. Et les miens et moi-même qui en suis gourmand.
Mais il faut que je vous parle du miel. Régal quotidien ou presque. Que j’en parle non seulement parce que les abeilles sont en danger et que je suis, à ma manière limitée, militant de la cause écologiste, mais aussi parce que le miel est une valeur familiale. Miel des Alpes d’abord. Avec mes copains de pension ou de fac, il nous fallait peu de temps pour faire disparaître un pot (1kg toujours), comme d’ailleurs les gelées de groseille ou framboise de Lorette (les meilleures, jamais égalées à ce jour). Le miel nous le rapportions de Prunières. C’était celui du frère de Reine. Exceptionnel et inégalé lui aussi. Je ne sais combien de pots nous consommions chaque année. En tous cas je crois qu’on le faisait d’abord avant d’entamer les confitures qui elles, pouvaient rester plusieurs années dans les placards — vu l’abondance ! Mais elles finissaient toujours par se manger. Je ne parle pas des bocaux de fruits (pêches, prunes, cerises,… et des griottes réservées, elles, pour l’alcool.DSCN0122
C’était un miel crémeux, le miel des Alpes, d’une couleur très claire, celui de Georges — à l’instant son nom me revient. Je crois que Georges était un homme solitaire, en tous cas c’est ce qu’a établi mon souvenir d’enfant. Il venait seul apporter le miel à Prunières, sans doute dans une camionette. Je voudrais, même si c’est faux, associer chaque nom ou prénom qui me revient à une ou plusieurs choses, comme pour faire un jeu, pour reconstituer une vie, une existence à tout ce qui est mort maintenant, car je crois que si, ne serait-ce que 2 ou 3 générations plus tard, il restait de chacun de nous un prénom ou un nom et un ou deux détails associés plus ou moins exacts, ce serait déjà pas mal.
J’ai rêvé je crois de faire des livres et, bien que j’aie fait quelques petites choses en ce domaine, maintenant je n’aime plus vraiment les livres, j’aime les blogs, les réseaux sociaux, j’aime les spectacles qui ne laissent pas de traces, vivants comme une parole, comme une fleur, comme les arbres qui vivent et se métamorphosent en permanence.
P1040782r2Même l’hibiscus a chaud, dans la pénombre de la maison. Sa fleur tient la journée, cependant. Dehors ils se portent mieux, en plein soleil. Lorsque les fleurs se pressent, écrasent leur beau carmin, le tordent comme un linge autour de leur jambe, ou de leur coeur, elles paraissent fraîches encore, toujours fraîches jusque dans leur lie violette. Elles montrent la présence de la métamorphose imminente en toute chose — j’allais écrire : la mort, mais je me retiens, sentant que le mot pose problème, puisqu’il est gonflé de tant de craintes, d’obsessions, de dénis, de folie, de crimes.
En prenant un peu de distance, on pourrait, ce mot, s’en passer dans de très nombreux cas, car il n’est approprié au fond que pour la fin de ce que nous avons la conscience d’être « la vie », autrement dit notre vie individuelle — et sa projection surabondante sur ce qui nous entoure.
Que cet aveuglement cesse, et tout commence à exister.
L’hibiscus n’a probablement pas chaud, et lorsque la fleur fane, c’est sans pudeur qu’elle referme ses jupes écarlates sur le secret de son flamboiement.

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