Un salut à Raymond

legerC’était lui le chef de file des gamins, à Prunières. Il n’est pas vraiment l’aîné de cette nombreuse génération de petits Farnaud. Mais il était le plus grand à Prunières – pendant que nous y étions en vacances, ma soeur et moi, et sans doute le reste du temps aussi. Et le plus fort en tout. Il pouvait tout nous apprendre, de la montagne, des brebis, des torrents, des chiens (leurs attributs et leur puissance sexuelle), de la cave au hangar, de l’aire à l’atelier, des cabanes, des champs, des machines agricoles, de tout ce qui était des garçons, des hommes, du travail, de l’aventure. Il disait les mots du patois provençal qu’on parlait dans « les Alpes » avec l’accent plein de coeur et de couleurs que j’ai toujours aimé entre tous, comme le lait de ma mère.
Aujourd’hui Raymond est malade. Il a comme ensemencé mon imaginaire et ma curiosité, aiguisé ma sensibilité – alors que nous sommes si différents en tout.37790612
Une foule de réflexions affleure, comme les ruisseaux, les torrents vers la Durance qui courait, dévalait les Alpes jusqu’en Provence. Mes réflexions m’éloignent toujours de la famille. Mes pensées sont des rêves, des voyages, des horizons ouverts comme sur les montagnes, les sentiers, les nuages, les prairies, les arbres quand on ouvrait la porte de bois sur le ciel.
Au-dessous de la famille coulent des fleuves qui assurent le transport des idées, leurs rencontres, leurs mélanges, leurs jaillissements. C’est pourquoi je vois toujours la famille dans le passé, sans nostalgie, comme la matrice de ce qui est advenu. La famille est une cabane, un nid qui finit par tomber de l’arbre, à moins qu’il ne soit sans cesse restauré, de saison en saison repris en charge par de nouveaux parents. Pendant ce temps, l’adulte vole vers ses nouveaux parents, à grande échelle, celle du monde culturel, social, politique.1945
Mais déjà, la maison de Prunières, celle des grands-parents – Valérie et Ludovic que nous n’avons pas connu – n’était pas sans horizons, car à la fois celle du maire, le café, la cabine téléphonique du village, elle était plus qu’un nid, presque une ruche où revenaient en leur saison les bergers, les chasseurs, où tant de savoir-faire, de savoir-vivre, et d’intelligence du coeur mûrissaient et se pertétuaient. Mais il y a eu la guerre, les guerres et toutes sortes de guerres.

2 réflexions au sujet de “Un salut à Raymond”

  1. Je nous revois à Prunières, sur le balcon de devant, les brebis au-dessous. C’était la période de la transhumance. Fonfon marquait les moutons avec le sceau de chaque famille à la poix de couleur : rouge pour Untel, bleu pour un autre… Et aussi Reine qui appelait à l’heure du repas.
    Oui Raymond est un sacré gaillard, macaréo ! ! ! Bou Dillou ! que de souvenirs…

    J'aime

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s