L’émancipation

 

P1130255rIls se réunissent certains soirs d’été dans un vaste ciel au-dessus de la rivière pour d’interminables ballets, jusqu’à la nuit. Ils vont et viennent, tournent, se mélangent, se séparent en deux groupes qui s’éloignent l’un de l’autre puis se jouxtent, se frôlent, se traversent à toute vitesse en miroitant de leurs ailes noires comme des poissons et clament comme des chœurs antiques.
Nul doute qu’ils jouent, qu’ils exultent.
Je m’arrête dix fois dans ma promenade sur cette berge fréquentée mais seuls quelques enfants leur prêtent attention.
Le peuple des corbeaux freux vit près de nous et nous donne ce spectacle d’une création commune spontanée, où tous les talents – le moindre petit talent – à l’instar des parcelles de l’eau dans la rivière, ont leur place et jouent leur jeu.
Je reste le nez en l’air à les regarder aller et venir, animer le ciel de leur flot, de leurs vagues, de leurs grands drapés noirs, de leur ruissellement et de leur clameur ; à imaginer que l’humanité toute récente encore (en regard des dinosaures que sont les oiseaux) un jour lointain pourrait atteindre à des sommets de joie, d’art et de bonheur d’être au monde ; elle n’écrirait plus ses regrets, ses griefs, ses espoirs, ne se prendrait plus les pieds dans les fils coupants et tranchants de ses désirs fragmentés et aveugles, ne s’étranglerait plus dans les liens de la famille, du travail, de la patrie, et de la religion.

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