le temps

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Je rencontre quelqu’un, à seize siècles d’ici, qui me renvoie la question :

Qu’est-ce donc que le temps ? Si personne ne me le demande, je le sais ; mais, si on me le demande et que je veuille l’expliquer, je ne le sais plus. Pourtant, je le déclare avec assurance, je sais que si rien ne se passait il n’y aurait pas de temps passé ; que, si rien n’arrivait, il n’y aurait pas de temps à venir ; que, si rien n’était, il n’y aurait pas de temps présent.
Comment donc ces deux temps, le passé et l’avenir, sont-ils, puisque le passé n’est plus et que l’avenir n’est pas encore ? Quant au présent, s’il était toujours présent, s’il n’allait pas rejoindre le passé, il ne serait pas du temps, il serait de l’éternité. Donc, si le présent, pour être du temps, doit rejoindre le passé, comment pouvons-nous déclarer qu’il est, lui qui ne peut être qu’en cessant d’être ? Si bien que ce qui nous autorise à affirmer que le temps est, c’est qu’il tend à n’être plus.

Saint Augustin (354-430), La Cité de Dieu, livre XVI, chap. IX, 16, Gallimard

Photo r.t, auto shot, 2012

15 réflexions au sujet de “le temps”

  1. Merci pour ce beau texte. J’aime aussi beaucoup cette question à laquelle on peut tout au plus chercher la réponse : Combien de temps dure le présent ?

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    1. A cette question mon visiteur du V’ siècle pourrait répondre : Il faudrait que le temps soit matériel et se mette sur le plateau d’une balance comme une poignée de blé ou comme une pincée d’or ou d’argent, autrement dit un bien qu’on puisse vendre et acheter, accumuler à son profit. Mais j’exagère, et considérons plutôt que le temps n’est plus de l’argent et que le capitalisme est mort, reste le savant, qui aime toujours mesurer. Il sait aujourd’hui que ce qu’on appelle le temps est une valeur variable, en fonction de l’espace et du mouvement mais aussi en fonction de l’observateur, mais peut-être que je me trompe. Je crois surtout le poète d’Éphèse qui a dit « le temps est un enfant qui joue… » Il ne joue pas au Monopoly, il joue aux osselets. Comme toi, Élina, il lance la question et la rattrape pour mieux la relancer !

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    2. La question posée est aussi celle du présent.
      Si l’on demande : Quand sommes-nous dans le présent ?
      – Toujours. On ne peut pas être ailleurs. Sinon en imagination.
      Ou encore, si l’on demande : Quelle est la durée du présent ?
      – Infinie. Il n’y a aucune limite à sa durée.
      Sinon, pour chaque observateur, sa propre présence.

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  2. Je découvre ce texte qui m’avait échappé…Il vient après « séparation » dont il est donc le futur.
    Pour moi, le temps, je l’aime surtout quand il est « suspendu », me laissant en attente d’un « je ne sais quoi », l’inattendu. Et je l’aime aussi en tant que millésime…le temps d’évolution d’un bon vin!

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  3. Vous ayant relu je repense à la théorie quantique : le temps n’existe pas…C’est bien ce qui le rend si impalpable, variable, aléatoire…Mais dans ce temps qui n’existe pas, nous, poignées d’atomes dans l’infini des atomes sommes bien là, aptes à savourer le goût des choses, autres poignées d’atomes qui nous entourent…comme le temps du vin…

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